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Colloque préparatoire au Volume III
(1918-1980)
Résumés


Paul Aubin (Centre interuniversitaire d’études québécoises, Université Laval et Université du Québec à Trois Rivières)
L’édition du manuel scolaire québécois par les communautés religieuses: phénomène pédagogique, idéologique ou économique?

Les communautés religieuses ont marqué le paysage québécois des services sociaux pendant 150 ans, tant dans les soins de santé que dans le monde de l’éducation populaire. Dans un domaine qui nous touche de près, l’édition du manuel scolaire, leur présence a été plus que significative: alors que 50% des nouveaux titres leur sont dus durant la décennie 1870, cette proportion monte à près de 70% durant la décennie 1920.

Cette prépondérance, favorisée en grande partie par leur importance numérique et une structure interne très hiérarchisée, a eu des effets directs sur la pédagogie: non seulement ces groupes pouvaient-ils recycler au Québec des productions étrangères mais elles étaient en mesure de publier des ensembles cohérents qui accompagnaient un jeune durant toutes ses années d’apprentissage. De même, les communautés ont pu véhiculer un message idéologique structuré et commun, malgré la multiplicité des organismes oeuvrant sous des vocables différents: 38 communautés différentes ont publié des manuels scolaires. Enfin, ce marché s’est avéré à ce point lucratif que leurs propriétaires se sont parfois opposés aux éditeurs laïcs, quand ce n’était pas occasionnellement entre elles qu’elles se retrouvaient en conflit.

William Barker (Memorial University of Newfoundland)
The Encyclopedia of Newfoundland and Labrador: History and Significance

L’Encyclopedia of Newfoundland and Labrador de Joey Smallwood est indéniablement le projet de publication le plus ambitieux de l’histoire de la province : elle comprend quelques 6144 entrées différentes (plus de 3,5 millions de mots et 6000 illustrations), et des centaines de personnes ont participé à sa production. Résultat de la technologie du vingtième siècle, cette production-- écriture, organisation, financement et vente – suit bizarrement des pratiques de publication locales du dix-neuvième siècle. Un genre de livre qui relève de l’encyclopédie générale, cette production va chercher sa justification intellectuelle dans les théories du Siècle des lumières. Au cours de ma présentation, je soulignerai les particularités de ce projet extraordinaire du point de vue historique en m’appuyant sur une lecture approfondie de l’encyclopédie, de recherches dans les archives et d’entrevues avec de nombreux participants. Puis je tenterai de situer le projet dans le contexte politique qui semble lui avoir donné forme - c’est-à-dire cette idée selon laquelle la connaissance des faits contribue à la définition d’un espace et qu’une telle connaissance renforce l’identité d’une communauté tout en contribuant à la liberté du citoyen.

Jo Nordley Beglo (Musée des beaux-arts du Canada)
The Encouragement of Interest in Art: Publications of the National Gallery of Canada

Cet article traite de la fondation de la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada) en 1880, et du développement subséquent de son programme de publications. Les premiers registres des acquisitions étaient constitués de listes annuelles de peintures, dessins et statues, préparées par le ministère des Travaux publics et publiées dans les documents parlementaires. Au cours de la transformation du Musée en une prestigieuse institution nationale, ces listes furent remplacées par une série de catalogues portant sur les collections permanentes et devenus de plus en plus élaborés tout au long du siècle. Un genre connexe, le catalogue traitant des expositions temporaires, s’est aussi développé conjointement avec les programmes du Musée. À une époque où il y avait très peu de documentation sur les arts visuels au Canada et peu d’occasions de voir des peintures originales, les nombreuses et remarquables publications du Musée ont contribué à l’avancement des arts dans tout le Dominion.

Frédéric Brisson (Université de Sherbrooke)
Les librairies au Canada, 1930-1995: un portrait

Négligée par l’histoire du livre, la librairie remplit pourtant un rôle essentiel. Avec la bibliothèque, elle constitue un des seuls lieux où un nombre important de livres sont rassemblés et où les lecteurs convergent. Quelques études sur des librairies particulières ont déjà été publiées. Cependant, il est intéressant d’envisager ces commerces d’un point de vue plus général, et nous avons cherché à obtenir cette vision globale à l’aide des recensements et de diverses publications de Statistique Canada. Les chiffres que ces documents contiennent montrent l’évolution des librairies dans tout le pays, mais aussi dans chaque grande région (Atlantique, Québec, Ontario, Prairies, Colombie-Britannique) et dans les trois métropoles (Montréal, Toronto, Vancouver). Les statistiques révèlent le nombre de librairies, leur chiffre de ventes, leur inventaire, ainsi que la part qu’elles occupent dans le marché du livre. Elles indiquent également les différentes particularités des librairies d’occasion, des chaînes de librairies et des librairies de campus. La compilation de ces données nous a permis de cerner les caractéristiques des librairies canadiennes depuis 1930. Ces informations nous permettent de comparer les librairies canadiennes avec celles d’autres pays, de montrer les différences entre les librairies d’une région à l’autre, et de situer des librairies individuelles dans leur contexte régional ou municipal.

Entre autres exemples, nous avons pu observer que le Québec, entre 1930 et 1950, rattrape son énorme retard quant au nombre de librairies par rapport à sa population. Que les librairies de la Colombie-Britannique se multiplient au cours des décennies, mais gardent une taille relativement modeste. Que la densité des librairies, toujours par rapport à la population, est deux fois plus grande dans les métropoles que dans l’ensemble du pays. Que les librairies d’occasion, qui représentent une librairie sur dix en 1971, n’enregistrent que des ventes minuscules. Que les chaînes de librairies connaissent un essor fulgurant à partir des années soixante. Qu’environ le quart des ventes des librairies au Canada s’effectue dans les librairies de campus. Ces conclusions, si elles ne reposent pour l’instant que sur un monde de chiffres, offrent néanmoins une solide base de référence en vue de recherches plus ciblées.

Peter Buitenhuis (Simon Fraser University)
“Waiting for the Christening”: Canadian Authors and Propaganda in World War II

Bien que le Premier ministre Mackenzie King ait fondé en 1939 l’Office national du film sous la direction de John Grierson comme un instrument de propagande, il restait toutefois soucieux de créer une agence polyvalente comme celle du ministère de l’information britannique. Les auteurs canadiens qui désireux de contribuer à ce projet durant la guerre étaient particulièrement frustrés de voir que le gouvernement était peu disposé à solliciter leurs services. En 1941, King sanctionna la création du Service d’information canadien qui publiait des bulletins d’informations et collaborait avec la CBC dans la production de séries dramatiques pour la radio à des fins de propagande. En septembre 1942, King constitua la Commission d’information en temps de guerre avec, à sa tête, Thomas Vining. Les auteurs attendirent pendant un certain temps le «baptême officiel» d’un comité d’auteurs, selon l’expression de Watson Kirconnell de l’Association des auteurs canadiens. En janvier 1943, Vining commanda différents types de documents imprimés. Peu après, Vining démissionnait et son successeur, John Grierson, s’empressait de dissoudre le comité. Cette communication examine cet événement et ses conséquences.

Lynn Copeland (Simon Fraser University)
1918-2000: Academic Libraries Then and (Mostly) Now

En 1918, les enjeux auxquels devaient faire face les bibliothèques universitaires étaient curieusement semblables à ceux d’aujourd’hui : des collections insuffisantes, même au sein de larges établissements au Canada et aux États-Unis; problèmes d’espace, d’aménagement et de conservation. Cette même année, (ou peut-être pas), les bibliothèques universitaires nord-américaines adoptèrent le code de procédures de prêt entre bibliothèques. Durant les années 1950 et 1960, alors que les bibliothèques prenaient de l’essor tout comme les universités, on disposa soudain pour la première fois, de fonds considérables. On trouva que la microfiche était une solution fiable aux problèmes d’accès et d’entreposage; en cela, les bibliothèques canadiennes furent uniques dans l’entreprise très réussie du micro-filmage des premiers imprimés par l’ICMH. Aujourd’hui, des changements de technologie ont permis de rendre le matériel plus accessible et d’améliorer l’efficacité du procédé; ils ont aussi, dit-on, compromis la préservation du matériel de source primaire. L’escalade du coût des revues scientifiques et l’accroissement de leur présence sous forme virtuelle a dominé la discussion, mais le financement des bibliothèques universitaires dans la discipline des arts libéraux a également énormément changé. Une des raisons importantes du changement de l’orientation des collections de bibliothèques est la diminution du pouvoir d’achat, surtout pour les bibliothèques canadiennes qui doivent également s’acquitter de taux de change élevés.

Juris Dilevko et Lisa Gottlieb (University of Toronto)
William French and the Development of Canadian Fiction, 1960-1990

En tant que directeur de la section littéraire du Globe and Mail de 1960 à 1990, William French a exercé une énorme influence sur la façon dont les Canadiens de langue anglaise ont perçu les oeuvres de fiction et la culture littéraire. Actif durant une période où la littérature de fiction canadienne anglaise acquiert un statut dans la conscience des Canadiens de langue anglaise, French joue un rôle important dans la formation des goûts et l’acquisition de certaines habitudes de milliers de lecteurs et de lectrices. Les ouvrages de fiction qu’il choisissait de critiquer et de mettre en valeur, ceux qu’il louangeait, ceux qu’il condamnait, les goûts qu’il exprimait dans les colonnes de ses articles, tout cela constituait des facteurs à même d’influencer la formation de la sensibilité littéraire des Canadiens de langue anglaise des années 1960 à 1990, en ce qui concerne notamment la fiction canadienne anglaise. En m’appuyant sur l’analyse de la théorie des média, je montrerai que les articles de French ont contribué à façonner le débat autour la fiction canadienne anglaise en soulignant l’importance de certains auteurs et de certaines formes littéraires et, au contraire, en reléguant d’autres auteurs ou formes au second plan.

Martin Doré (Université de Sherbrooke)
La collection «Constantes» des Éditions Hurtubise HMH

La collection a d’abord une fonction d’organisation au sein de la production éditoriale. Elle oriente la perception que le lecteur a d’un éditeur, de ses auteurs et de leurs livres. Elle peut servir de point de repère aux écrivains qui travaillent pour y entrer. Il existe ainsi des procédés qui permettent à ces 3 agents, éditeur, lecteur, écrivain, de partager une expérience éditoriale; ces procédés amènent aussi à une révision des notions de texte édité et d’auteur.

«Constantes» est une collection d’essais créée chez Hurtubise HMH, en 1961, qui existe toujours, et dans laquelle on trouve 53 titres d’auteurs qui ont marqué l’histoire intellectuelle du Québec. Cette collection a évolué en fonction des titres qui y ont été publiés, des transformations survenues à l’intérieur de la maison d’édition à laquelle elle appartient, des changements du champ éditorial québécois, enfin de l’évolution de la société. C’est à l’analyse de ces phénomènes éditoriaux, sociaux et historiques que cette communication s’attarde, utilisant abondamment les archives de l’éditeur.

Nancy Earle Simon Fraser University)
Poets and Professors: Writers-in-residence in Canadian Universities

Cette présentation offrira un compte rendu de mes recherches préliminaires sur le programme des écrivains en résidence du Conseil des Arts du Canada (1965-2000). Élément important des bourses du Conseil accordées aux écrivains, ce programme national procure un support financier aux auteurs qui, en acceptant des nominations de courte durée dans des universités, des collèges et des bibliothèques publiques, sont amenés à jouer différents rôles de mentorat au sein des communautés universitaires et autres. Destiné à rehausser la présence d’écrivains dans différents domaines, le programme est devenu un élément important du paysage culturel du Canada. Cet article décrit les origines et les débuts du programme.

Gail Edwards et Judith Saltman (University of British Columbia)
Looking at Ourselves, Looking at Others: Multiculturalism in Canadian Children’s Picture Books

Dans cette communication, nous examinons l’évolution dans la conception canadienne du multiculturalisme et de l’antiracisme en analysant l’image et le texte des albums pour enfants produits au Canada de 1960 à nos jours. Nous nous intéresserons à la construction des identités raciales dans les illustrations de ces livres et considérerons le pouvoir de l’image et du texte dans la construction de l’identité raciale de l’Autre. Finalement, nous nous demanderons s’il est possible de relier cette évolution aux politiques du gouvernement en matière de multiculturalisme.

Les auteurs de cette communication participent actuellement à un projet de recherche de trois ans, subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, qui se propose d’étudier le contexte historique et l’état actuel du livre illustré pour enfants.

Sandrine Ferré-Rode (Université de Versailles St.-Quentin-en-Yvelines)
Une «croisade vertueuse»? L’édition d’anthologies littéraires au Canada Atlantique, (1972-1999)

A l’intérieur du cadre élargi d’une histoire de l’édition dans les provinces de Terre-Neuve, du Nouveau-Brunswick, de l’Ile-du-Prince-Edouard et de la Nouvelle-Ecosse depuis les années 1950 jusqu’à nos jours, nous nous proposons de porter un regard attentif sur le travail anthologique des éditeurs, notamment à partir des années 1970. C’est en effet au cours de cette période, encore marquée par l’euphorie des célébrations du centenaire de la Confédération que, d’est en ouest, la culture canadienne est traversée par un fort courant régionaliste, et que la littérature en région aspire à une reconnaissance plus vaste et plus digne à l’échelle du pays. Partant du principe que l’anthologie constitue la forme éditoriale privilégiée pour faciliter l’exposition d’un corpus littéraire naissant, les éditeurs mais aussi les écrivains de la région atlantique se sont rapidement employés à un travail pionnier de compilation d’œuvres produites localement, travail qui n’a ensuite jamais cessé d’être complété par de nouvelles publications au cours des décennies suivantes.

A partir d’un recensement des anthologies publiées et de l’étude des critères de sélection, d’ordonnancement et de présentation des textes et auteurs choisis par les éditeurs de la région atlantique, notre première visée est de dresser un bilan exhaustif de la production anthologique au cours de la période considérée. Par cet éclairage sur cette partie de l’historiographie littéraire régionale, nous tenterons ensuite de montrer dans quelle mesure les éditeurs ont réussi, ou échoué, à produire des anthologies qui parviennent à s’acquitter d’une double tâche : apparaître comme le support éditorial idéal pour garantir la préservation des textes, et donner corps à un véritable manifeste d’une littérature en mal d’affirmation. Par delà ce constat, nous nous efforcerons enfin de mettre en lumière les aspects contradictoires inhérents à la publication d’anthologies de « littérature régionale atlantique » par les éditeurs de l’Est canadien.

Janet Friskney (History of the Book in Canada/Histoire du livre et de l’imprimé au Canada)
Writing from the Margins? The Conditions of Authorship for Anglophone-Canadian Writers of Popular Fiction, 1970-2000

La deuxième moitié du vingtième siècle a été le témoin d’un mouvement régulier des auteurs littéraires canadiens des marges vers le centre d’une attention nationale et internationale, vis-à-vis à la fois des études universitaires et de la reconnaissance du public. Il n’en fut pas de même pour les auteurs canadiens de fiction populaire. Sauf exceptions, depuis 1970, la vie et les ouvrages d’auteurs canadiens publiés dans le domaine des romans policier, fantastique, de science fiction, d’horreur et de romance ont, pour la plupart, été ignorés de la communauté savante et de la presse de grande diffusion. Les interventions du gouvernement envers les écrivains et les maisons d’édition ont privilégié les auteurs littéraires. De telles initiatives se sont donc avérées moins efficaces collectivement pour les auteurs des genres populaires. Le dépôt légal et le droit de prêt au public ont peu touché ces auteurs dont les ouvrages sont souvent publiés par des maisons d’édition étrangères et imprimés en format de poche. Depuis les vingt dernières années, l’apparition d’organisations et de conférences destinées à des genres littéraires spécifiques au Canada est un phénomène important qui indique l’émergence d’une masse critique d’auteurs canadiens de récits populaires, et leurs efforts collectifs pour développer des infrastructures locales afin de servir leurs besoins en tant qu’écrivains.

Laura Groening (Concordia University)
Indian School Days: The Healing Aesthetic of Basil H. Johnston

La relation de Basil H. Johnston sur son expérience du pensionnat dans Indian School Days (1988) se propose de guérir son audience. Bien que le livre ait été acclamé par tous pour son humour, l’enthousiasme de la critique reste marqué par l’incrédulité. Les critiques ont réagi à ce livre avec perplexité parce qu’il ne démontrait pas suffisamment d’amertume pour satisfaire les attentes des non-autochtones. Dans un pays où l’histoire de l’édition littéraire a été contrôlée par des pouvoir non-autochtones jusqu’à en exclure pratiquement tout écrivain autochtone, l’aptitude à reconnaître un système esthétique divergent dans les textes de la minorité silencieuse est cruciale. Comme Maria Campbell, auteure métis de Half-Breed le dit, «si vous vous dites artiste et que vous n’êtes pas guérisseur, c’est que vous n’êtes pas un artiste – pas dans le sens que je donne à l’art».

Sandra Hannaford (Memorial University of Newfoundland)
Awarded for Proficiency...Divinity...Industry: Spencer and Feild Colleges’ School Prize Books

Faisant partie du système scolaire de Terre-Neuve pendant plus de 125 années, le collège Bishop Spencer, un établissement pour jeunes filles, et le collège Bishop Feild, réservé aux garçons, étaient modelés sur des institutions britanniques du même genre. Les étudiants des deux collèges appartenaient aux classes moyennes et supérieures de la ville de St John’s, et aux familles aisées de la province, alors que le personnel était surtout recruté dans les colonies britanniques. Cette communication esquissera brièvement l’histoire de ces collèges et se posera des questions sur leur coutume qui consistait à décerner aux élèves des livres de prix. On se demandera comment ces établissements choisissaient les titres offerts aux élèves et ce que ces choix nous révèlent des valeurs véhiculées dans ce contexte éducatif. Le contenu des livres correspondait-il à la matière enseignée? Qu’elle est l’importance et la signification de ces livres, spécialement reliés et estampillés pour l’occasion, ou de ces ex-libris contenant des informations non seulement sur le nom du récipiendaire et le prix lui-même, mais aussi sur la nature de l’épreuve, le nom du présentateur, du directeur d’école ou du principal et la date de l’événement?

Pierre Hébert (Université de Sherbrooke)
Le tour de la censure en 80 ans

La censure et la littérature, au Québec, de 1920 à 2000, offre un champ d’exploration remarquable à plusieurs titres. Sur le plan des modèles, on passe d’une censure de type autoritaire à une censure libérale; sur le plan des acteurs, du clergé à l’État. Cette période dense soulève des problèmes fort intéressants.

Dans cette communication, je vais proposer des réponses toutes provisoires aux questions suivantes: - que savons-nous sur l’histoire de la censure au Québec (1920-2000)? qu’y a-t-il de fait, que reste-t-il à faire ? - quelles sont les grandes étapes de cette censure ? comment les périodiser? - cette périodisation entraîne-t-elle des conséquences théoriques sur notre conception de la censure?

Ces problèmes historiques, pratiques, méthodologiques et épistémologiques devraient permettre à tout le moins de saisir la complexité des liens entre l’histoire du livre et de la censure, mais aussi la nécessité de ne pas séparer ces deux univers.

Paul Hjartarson (University of Alberta)
Of Patriots, Publishers, and Politicians: Notes Toward a History of The Canadian Encyclopedia

L’«histoire du livre» est l’étude de l’une des formes de transmission de la culture qu’est l’imprimé. Comme le dit bien Robert Darnton, cette discipline relève de «l’histoire sociale et culturelle de la communication par l’imprimé». En tant que forme de communication, la culture de l’imprimé n’est jamais neutre et désintéressée. L’imprimé est toujours, comme Terry Eagleton le dit de la littérature, «façonné par certaines personnes pour certains buts à un certain moment». L’imprimé, toutefois, sépare les textes de leurs contextes et leur donne un certain pouvoir. Les encyclopédies disposent d’un pouvoir particulier: elles ne font pas que transmettre une culture, elles codifient cette culture et, ce faisant, lui confèrent une légitimité et une autorité encore plus grande. Cet article examine l’histoire de The Canadian Encyclopaedia, en faisant tout particulièrement référence à son financement; il cherche à comprendre à la fois la raison d’être de ce projet et la relation de la culture avec l’État sur lequel elle semble s’être appuyée.

Susan E. Houston (York University)
“A little steam, a little sizzle and a little sleaze”: English-language Tabloids in the Interwar Period

Les hebdomadaires à scandale – très populaires et toujours sujets à controverse – ont constitué un phénomène éditorial important au Canada anglais entre la Première et la Seconde Guerre mondiale. Vendus à cinq cents, ils utilisaient un style épicé pour rapporter des crimes et des nouvelles en exclusivité; mais jusqu’à la fin des années 1930, le format et la présentation des tabloïds telles qu’on les connaît de nos jours n’existaient pas. Bien que la diversité des styles, des projets éditoriaux et des marchés cibles rende hasardeuse toute généralisation, cet article examine trois questions liées entre elles: comment a-t-on cultivé ce marché? Qu’est-ce qui a poussé les gens ordinaires à se procurer ce genre de publications? Et que peut-on retenir des hypothèses actuelles concernant le lectorat des tabloïds? Afin de vérifier mes impressions découlant de l’examen des exemplaires conservés, j’ai consulté les documents qui ont été générés par différentes poursuites judiciaires auxquelles les premiers éditeurs de tabloïds se sont trouvés mêlés. Il est clair que la relation entre les politiques éditoriales des tabloïds et les forces du marché qui cherchaient l’adhésion des lecteurs était complexe et bilatérale.

Peggy Kelly (University of Alberta)
Is Poetry Contest an Oxymoronic Term?: An Inquiry into the Alberta Poetry Year Book Series

Cette communication examine l’histoire et les politiques de production de vingt-cinq annuaires de poésie, publiés entre 1930 et 1954 par la section albertaine de la Canadian Authors Association. Chaque volume de cette série comprend des textes d’auteurs ayant remporté le concours annuel de poésie de l’association. Dans mon exposé, je me concentre surtout sur le manque de capital culturel qui entoure cette association. J’avance que le discrédit de l’Association auprès des tenants du canon littéraire au Canada anglais repose en partie sur le caractère commercial de cette initiative, comme l’illustre notamment le fait d’offrir un prix en argent pour couronner la poésie. Pourtant, le contenu poétique de ces publications est à l’opposé de la conception que l’Association se fait de la littérature populaire. Pour dénouer cette contradiction, j’examine les prises de position littéraires et politiques des éditeurs et des jurés qui ont participé à la production de la série.

Patsy Kotsopoulos (Simon Fraser University)
L.M. Montgomery on Television: The Romance and the Industry of Adaptation

Cette communication examine les nouvelles significations qui se dégagent des récits de L.M. Montgomery adaptés pour la télévision de même que les conditions de production de ces séries et l’idéologie qu’elles véhiculent. De récentes adaptations des romans de L.M. Montgomery soulignent la complexité des procédés de transformations culturelles auxquels ils sont soumis et qui relèvent de l’intertexte, des pressions commerciales, des questions politiques, des idéologies contemporaines et des tendances liées aux genres. En considérant la dynamique du jeu entre les textes originaux de Montgomery et le contexte social, ma communication identifie trois types d’adaptation pour la télévision d’aujourd’hui : l’histoire d’amour féministe et libérale, l’histoire d’amour dérégionalisée et l’histoire d’amour «révisionniste». Dans le premier cas, l’adaptation réactualise la question de la politique des sexes dans la série d’Anne of Green Gables de Montgomery qui introduit une histoire d’amour féministe libérale destinée à un public moderne. Dans le deuxième cas, les textes de Montgomery subissent une dérégionalisation, en créant une histoire d’amour sans attache régionale précise adaptée au public géographiquement dispersé de la série Roade to Avonlea. Enfin, dans le troisième cas, l’adaptation réécrit le passé et redresse les injustices historiques ignorées ou reproduites dans le texte de Montgomery, comme l’illustre le roman d’amour «révisionniste» Emily of New Moon.

Sheila Latham (University of Toronto)
Air Waves to Printed Leaves: The Role of CBC Radio in the Construction of Canadian Literary Print Culture

Radio-Canada a contribué à l’histoire de la production et de la réception des livres au Canada en encourageant et favorisant le développement de la carrière des écrivains, en commanditant des ouvrages, en éditant des textes, en publiant et faisant la promotion des livres et de la lecture, et en adaptant les livres pour la radio. Les énoncés de politique, les programmes radiophoniques et la correspondance entre les écrivains, les éditeurs et les réalisateurs révèlent une nouvelle compréhension de cette importante collaboration. Robert Weaver présente un cas intéressant, ayant servi en tant qu’éditeur à la fois pour la diffusion hebdomadaire radiophonique de Canadian Short Stories (1946-1954) et Anthology (1954-1982), mais aussi pour la publication de la revue littéraire trimestrielle Tamarack Review (1956-1982) et de plusieurs anthologies. Mon analyse des différences qui découlent du changement de paradigme dans le passage des genres littéraires traditionnels aux formats expérimentaux propres à la diffusion radiophonique mettra l’accent par la suite sur le glissement des diffusions radiophoniques de littérature canadienne vers la production de livres littéraires et de périodiques.

Tina Loo and Carolyn Strange (Simon Fraser University and University of Toronto)
From Hewers of Wood to Producers of Pulp: True Crime in Canadian Pulp Magazines in the 1940s

Les feuilles de choux, ou magazines bon marché, ces publications aux couvertures vives qui jouissaient d’une énorme popularité vers le milieu du vingtième siècle, étaient des produits emblématiques de la culture populaire américaine. Depuis le début des années 1920 et 1930, des centaines de feuilles de choux américaines, que les lecteurs canadiens consommaient avec avidité, ont inondé le Canada. Toutefois, durant la Deuxième Guerre mondiale, le Canada a dû imposer des mesures d’austérité, y compris l’interdiction d’importer des produits qui n’étaient pas de première nécessité ,tels ces magazines bon marché. Les entrepreneurs canadiens ont alors sauté sur l’occasion de publier les leurs, et parmi ces nouvelles publications canadiennes, les magazines de récits criminels ont pris une place d’honneur. Cet article examine le contenu canadien dans les magazines bon marché de ces récits des années 1940. Bien que le genre ait été attaqué vers la fin de ces années pour son goût du sensationnalisme et de la lubricité, les récits criminels restaient incroyablement moralistes. Comme nous allons le voir, le récit de crimes canadien suscitait la curiosité (avec ses couvertures émoustillantes destinées à faire sensation), mais il communiquait aussi le message que le crime ne paie pas.

Sophie Marcotte (Université de Montréal)
L’Émergence des technologies numériques dans le milieu de l’édition et de l’imprimé au Canada à la fin du XXe siècle

Au Canada, en ce début du XXIe siècle, le livre a encore préséance, comme ailleurs dans le monde, sur son pendant électronique. Le support électronique « complète », pour le moment, ce que diffuse le support traditionnel de l’imprimé. C’est que l’environnement électronique suscite énormément d’incertitudes, ce qui vient freiner les investissements qui permettraient la réalisation de projets de numérisation. Le milieu de l’édition canadienne a quand même lancé, au cours de la dernière décennie, quelques initiatives d’envergure. Quels sont les principaux projets en cours? Quelles sont les causes de ce retard qu’accuse le Canada dans le domaine de la numérisation et de l’édition électronique? Quelles solutions permettraient aux chercheurs d’ici, à court ou à long terme, de surmonter ce retard, c’est-à-dire de s’engager dans un processus de transition efficace de l’imprimé vers le medium électronique? Voilà autant de questions que nous aborderons au cours de cette communication, au cours de laquelle nous tenterons d’effectuer un survol des enjeux relatifs à l’émergence du numérique dans le milieu de l’édition canadienne.

Rebecca Margolis (Columbia University)
Yiddish Literature in Montreal, 1920-1950

Le yiddish était la langue de la majorité dans la communauté juive d’Europe de l’est au Canada durant les premières décennies du vingtième siècle. À Montréal, ville abritant la population juive la plus importante, un vaste réseau d’établissements sociaux et culturels s’est développé autour du yiddish. Montréal fut le foyer d’un groupe d’écrivains yiddish qui ont publié de façon dynamique des textes de fiction et de non-fiction dans des revues et sous forme de livres. Cet article porte sur la publication des ouvrages en yiddish, surtout les activités entourant la publication d’un volume en yiddish et sa signification. La communauté yiddish de Montréal et d’autres localités a toujours montré grand intérêt et beaucoup d’enthousiasme à la sortie d’un texte en yiddish. En tant que langue minoritaire, le yiddish sert de moyen de préservation de l’identité culturelle, et sa diffusion par le livre a mis en valeur cette présence.

David McKnight (McGill University Libraries)
“A Proper Historical Record”: Identifying, Documenting and Preserving the Small Press Achievement in Canada - 1920 to the present

Le rôle significatif des petites presses dans le développement de la littérature canadienne du vingtième siècle est incontesté. Bien que l’on puisse retracer les origines des petites presses au Canada jusqu’aux années 1920, ce n’est pas avant les années 1960 que leurs activités convergent dans un vaste mouvement qui touche tout le pays. Depuis 1960, des centaines de petites presses littéraires sans buts lucratifs ont été fondées par des particuliers et des groupes au sein de communautés de toutes tailles, dans toutes les régions du Canada, publiant non seulement en anglais et en français, mais également en d’autres langues. Le but de cette communication est d’abord d’établir l’importance littéraire et culturelle des petites presses par rapport aux mouvement littéraires, aux politiques culturelles, à l’industrie du livre, aux librairies, aux bibliothèques et aux livres d’art au Canada. Puis, d’énumérer les défis que représentent l’identification, la documentation et la préservation de la copie originale de la production des petites presses dans toutes les régions du pays, comprenant la diversité linguistique et culturelle du genre. Compte tenu de ces défis, je conclurai avec une proposition et présenterai un modèle conceptuel pour une proposition de collaboration entre établissements intitulée : «Contact : les archives en ligne des petites presses canadiennes». Ces archives serviront à l’étude de trois formes dominantes de production : les petites revues, les petites presses ou presses littéraires, et la presse parallèle.

Peter McNally (McGill University)
The Public Library in Canada: Success and Uncertainty, 1918 - 2000

Bien que le mouvement des bibliothèques publiques au Canada ait été inauguré avec optimisme au début du XXe siècle, ce siècle se termine sur une note d’incertitude. Parmi les faits qui ont contribué au développement des bibliothèques publiques mentionnons l’alphabétisation du grand public, l’urbanisation, le soutien des pouvoirs publics, le développement de l’éducation, les dons de la Fondation Carnegie, les contributions de l’Association canadienne des bibliothèques (1946) et des rapports Ridington (1933), McCombs (1941) et Massey (1951), les fonds du centenaire de la Confédération (1967) et la contribution du rapport sur l’état d’avancement des projets (1981).

Au cours des dernières décennies, les bibliothèques publiques ont connu des problèmes qu’elles partagent d’ailleurs avec d’autres établissements publics : i) une économie incertaine, ii) l’introduction des technologies de l’information, iii) la réification de la connaissance et des produits de la connaissance, iv) les changements dans les priorités du public. Ceci étant dit, l’utilisation du service et la demande de service n’ont pas diminué, et un nombre important de nouveaux bâtiments destinés à abriter des bibliothèques publiques ont été construits ou sont en chantier à Vancouver, Montréal et ailleurs. L’évolution de la bibliothèque publique est une histoire qui se poursuit, et dont le dernier chapitre n’a pas encore été écrit.

Elise Moore (University of Regina)
Wheat, Idealism, and Books: The Role of the Wheat Pools in Prairie Rural Library Service

Les syndicats du blé du Manitoba et de la Saskatchewan dirigeaient des bibliothèques de prêt (de 1926 à 1948 et de 1930 à 1969) au bénéfice des citoyens des régions rurales au temps où les populations rurales des Prairies disposaient de peu de moyens pour accéder aux bibliothèques. Cette communication repose sur les archives des syndicats du blé, retrouvées à l’Université de Brandon et ailleurs, et qui jusqu’ici n’ont pas encore été exploitées par les historiens de bibliothèques. Elle décrit le contenu des bibliothèques et compare leurs objectifs avoués et leurs utilisations réelles. Ces bibliothèques sont entrées tardivement dans le mouvement des «connaissances utiles» dans le secteur de l’éducation. Mais alors que le mouvement général des bibliothèques avait auparavant été utilisé pour conforter les positions des classes sociales dominantes, le but des bibliothèques de syndicats était d’encourager ses utilisateurs à développer un sens critique à l’égard du statu quo par l’acquisition d’une formation en philosophie de la coopération. Le résultat final fut malgré tout le même : les emprunteurs préféraient la fiction à l’instruction.

Ruth Panofsky (Ryerson University)
Barometer of Change: The Macmillan Company of Canada (1921-1973)

Cette communication examine la volonté délibérée de la Société Macmillan du Canada de développer une littérature canadienne au cours des années 1921 à 1973, alors que Hugh Smithurst Eayrs puis John Morgan Gray furent successivement présidents de la société. Sous la direction d’Eayrs, Macmillan s’est affirmée comme une maison d’édition avec une orientation culturelle et des intérêts différents de la maison mère de Londres et de la filiale de New York. Par son appui aux auteurs canadiens, Eayrs a alimenté «la réputation enviable de Macmillan comme éditeur de livres canadiens» (Whiteman) grâce à toute une brochette d’écrivains importants: Mazo de la Roche, Frederick Philip Grove, E. J. Pratt, Grey Owl, et Morley Callaghan. Ces auteurs contribuèrent au développement d’un public pour le roman et la poésie canadienne. Après le décès d’Eayrs, Gray continua de publier des écrivains canadiens comme Hugh MacLennan, Robertson Davies, W. O. Mitchell et Adele Wiseman. Tout au long de son mandat, Gray fut en fait «l’un des éditeurs les plus respectés au Canada» (Whiteman). Eayrs et Gray font figure de visionnaires par leur engagement indéfectible dans la promotion de la littérature canadienne, qu’ils ont soutenue souvent dans des circonstances difficiles et au prix de risques financiers considérables.

George L. Parker (Royal Military College)
“Late to Bed, and Late to Rise. Hustle all Day and Advertise:” John McClelland and the Marketing of Popular Canadian Writers, 1920 - 1945

En 1919, John McClelland se vantait dans Bookseller and Stationer en déclarant: «nous n’avons pas encore perdu un seul dollar sur tout livre canadien que avons publié». Le succès qu’il a remporté pendant la guerre l’a persuadé de développer la maison d’édition McClelland and Stewart pour se spécialiser dans la fiction populaire destinée au marché de masse en émergence au Canada. Une partie de la stratégie de McClelland était de soutenir les semaines du livre, les foires du livre, la Canadian Authors Association et la protection des droits des auteurs. Grâce à un arrangement avec ses principaux commettants étrangers (Little, Brown, Dodd Mead, et Doran) et les auteurs eux-mêmes, il publia un grand nombre de ses best-sellers durant cette époque. Tout au long des années 1920, McClelland et son éditeur littéraire Donald French ont attiré des auteurs établis (Ralph Connor, Stephen Leacock, L.M. Montgomery), de nouveaux noms (Stead, Salverson, Ostenso), et des poètes prestigieux (Carman et D.C. Scott). Bien que la publication de nouveautés ait décliné durant la Crise de 1929, une nouvelle génération (Niven, Ross, Raddall, Birney) enrichit la liste de l’éditeur jusqu’à la fin des années 1940. Plusieurs décennies plus tard, leurs œuvres devaient figurer sur la liste de base de la New Canadian Library de Jack McClelland.

Guy Poirier (Simon Fraser University)
Centre d’études francophones Québec-Pacifique

Cette communication vise à offrir aux participants une première analyse des données recueillies dans le cadre particulier des travaux du Centre d’études francophones Québec-Pacifique et d’un travail d’enquête sur l’histoire du livre et de l’imprimé en Colombie-Britannique. Nous comptons ainsi, dans un premier temps, donner un aperçu rapide de l’histoire des communautés francophones en Colombie-Britannique tout en soulignant les rapports multiples et parfois éphémères qu’elles purent entretenir avec le livre et, surtout, avec l’imprimé. L’importance culturelle de la presse écrite au sein d’une communauté francophone minoritaire sera ainsi soulignée. Dans un deuxième temps, nous analyserons les données préliminaires recueillies dans le cadre du projet « Archives littéraires de Colombie-Britannique » en essayant d’établir une typologie des types d’ouvrages publiés par des francophones vivant ou ayant vécu en Colombie-Britannique, les modalités de publication, les lieux et maisons d’édition, les moyens de distribution de ces ouvrages, etc. Si le temps nous le permet, nous tenterons également d’évaluer le rôle qu’ont pu jouer, dans le développement de la francophonie de Colombie-Britannique, les éditions bilingues, la publication sur internet, etc.

Ginny Ratsoy (University College of the Cariboo)
An Eccentric Genre: Drama Publishing at Playwrights Canada Press and Talonbooks

Tous les genres littéraires au Canada présentent des caractéristiques éditoriales particulières, mais aucun n’en a plus que le genre dramatique: les dramaturges écrivent rarement en vue d’une publication; les auteurs dramatiques et leurs oeuvres peuvent remporter un grand succès sans passer par l’étape de la publication; le texte est presque toujours rendu public avant sa publication; si la pièce est acceptée par une maison d’édition, le texte subit maintes révisions avant d’être accepté, et le texte imprimé peut prendre plusieurs formes. Playwrights Canada Press publie seulement des pièces de théâtre (sous la forme de copie polycopiée, de copie de production, de livre et d’anthologie). Talonbooks, qui produit également des textes poétiques, des livres de fiction et de non fiction, est mieux connu comme éditeur de pièces de théâtre (livre à auteur unique ou anthologie). Cette étude de cas, en examinant les pratiques des grandes maisons d’édition canadiennes dans ce domaine depuis 30 ans, s’arrêtera au contexte de publication des textes dramatiques canadiens. Je montrerai que la publication de la production locale a été à la fois la source et le résultat de deux phénomènes : la production sur scène de pièces canadiennes et le développement d’un enseignement universitaire du théâtre canadien.

Bruce Ryder (Osgoode Hall Law School York University)
Pages of Anxiety: Obscenity Law and the Suppression of Popular Literature in Mid-Twentieth Century Canada

Reposant sur les résultats de recherches dans les archives de l’administration de la loi sur l’obscénité du procureur général de l’Ontario et de l’administration des tarifs douaniers par l’agence nationale du revenu, cet article illustrera le glissement des normes, des stratégies et des cibles dans l’intervention de l’État sur les publications canadiennes de la fin des années 1930 au début des années 1960. Il s’agit ici de se pencher sur l’application de la prohibition criminelle des publications obscènes, sur l’utilisation des injonctions civiles pour restreindre la dissémination de publications soit disant immorales, sur le pouvoir légal de la douane d’interdire l’importation de représentations considérées «immorales ou indécentes» et sur la censure «volontaire» des distributeurs qui coopéraient avec les conseils consultatifs publics. L’auteur entreprend une étude du contenu de la littérature qui apparaît sur la liste de la douane des publications interdites ou qui faisait l’objet de poursuites judiciaires ou autres procédures impliquant des publications soit disant immorales. L’étude révélera le glissement incroyable de la compréhension officielle de l’obscénité et la liberté d’expression littéraire de cette époque.

Denis Saint-Jacques en collaboration avec Marie-José des Rivières et Chantal Savoie (Université Laval)
Le magazine canadien-français au XXe siècle

Avec le tournant du XXe siècle, apparaissent au Québec des revues faites pour toucher le nouveau public populaire alphabétisé, les magazines. Le Samedi (1889-1963), La Revue populaire (1907-1963) et La Revue moderne (1919-1960) en offrent des cas exemplaires dont la longévité confirme l’impact social. On notera qu’aucun ne dépasse 1963, ils correspondent bien à ce moment où la société francophone se définit comme canadienne-française. Ils en font voir l’aspect moderne urbain.

La communication esquissera une visite des lieux, marquant les traits caractéristiques de ces publications et en particulier leur rapport avec la littérature, terrain sur lequel s’affrontent productions locale et française. On s’arrêtera particulièrement à l’orientation vers les publics «familiaux» ou «féminins» qui détermine formes et contenus. On pourra ainsi mieux se faire une idée de ce qui pouvait toucher le grand public québécois avant la Révolution tranquille.

Blanca Schorcht (Simon Fraser University)
Interfusional Literature: The Storied World of Harry Robinson

Les deux livres de Harry Robinson, Write It On Your Heart (1989) et Nature Power (1992), révèlent la complexité et l’interdépendance entre les traditions orales et écrites, les façons de voir le monde des Premières Nations et des Blancs. Robinson (1900-1990), un conteur okanagon, racontait ses histoires en public; elles furent enregistrées et plus tard transcrites et éditées par l’ethnographe Wendy Wickwire. Le romancier des Premières Nations Thomas King a décrit ces livres comme le résultat d’un mélange d’oralité et d’écriture, appelé «littérature interfusionnelle». J’examinerai comment la fluidité des prestations de Robinson a été transposée dans l’écrit. Ces versions écrites issues de la tradition orale okanagon constituent une interface entre l’oral et l’écrit qui suggère une continuité plutôt qu’une opposition entre les modes d’expression. J’avance que cette «littérature orale» se situe entre la réalité moderne et la réalité traditionnelle okanagon pour refléter la continuité de l’expérience et de la tradition des Première Nations jusqu’à aujourd’hui. Les livres mettent en évidence le fait que l’existence de l’oralité et de l’écriture ne peuvent pas être envisagées sur une même ligne temporelle, mais qu’ils déplacent les oppositions de façon à nous permettre de réinterpréter la connexion entre l’oralité et l’écriture, ainsi qu’entre l’histoire et les littératures des Premières Nations et du Canada.

DeNel Rehberg Sedo (Mount Saint Vincent University)
Contemporary Women’s Book Clubs as Badges of Wisdom, Spaces for Being

Cet article présente les résultats d’une étude ethnographique de cinq clubs de lecture s’adressant pour la plupart aux femmes de Vancouver. Les recherches de l’auteur comprennent l’observation de participants, des entrevues intensives de groupes et de particuliers, et des questionnaires distribués à leurs membres et aussi aux membres d’autres groupes locaux, nationaux et internationaux. Combinant plusieurs approches, l’étude en communication, l’analyse de la culture populaire et la théorie de la réception, cet article montre comment les pratiques culturelles des clubs de lecture contemporains – de la dynamique de groupe à la sélection des livres en passant par leur interprétation –, permettent l’expression de la subjectivité des individus et des groupes. Les clubs de lecture représentent des sites culturels spécifiques dans lesquels nous pouvons étudier : 1) le pouvoir des relations entre la distribution du livre et les choix des groupes de lecture par l’entremise des pratiques de marketing des maisons d’édition et des librairies, et aussi d’idéologies sociales spécifiques; 2) les caractéristiques de la réception individuelle et collective et de ses influences réciproques; 3) le rôle de certaines pratiques qui ont formé des communautés de lecture au Canada, et ce que cela peut signifier pour nous en tant que Canadiennes et Canadiens.

Randall Speller (Toronto)
Arthur Steven and The Ryerson Press : Designing the Post-War Years (1949-1969)

Dans les écrits sur les arts graphiques et la typographie au Canada, on mentionne très rarement (voire jamais) et on étudie encore moins les publications de The Ryerson Press. Bien que des articles d’ordre général aient été écrits sur le travail de Thoreau MacDonald (1901-1989) et de C.W. Jefferys (1869-1951), deux artistes et principaux artisans de la présentation matérielle et visuelle des livres de Ryerson durant la période 1920-1950, le corpus publié par cette maison après 1945 reste ignorée, surtout de la littérature récente qui porte sur le Club des directeurs d’art de Toronto (1949-[1964]) et la Society of Typographic Designers of Canada (1958-1964). Par l’entremise d’entrevues avec Arthur Steven (n. 1920), chargé du département d’art à Ryerson de 1949 à 1969, ainsi que d’autres ressources, cet article avancera les raisons pour lesquelles les livres de l’une des plus grandes maisons d’édition du Canada anglais ont pratiquement disparu de ces discussions. Cette communication expliquera également, en partie, ce qui arriva au département des arts de The Ryerson Press durant cette période, qui y était impliqué, et comment le savoir-faire de l’une des firmes les plus renommées au pays s’est évanoui durant ses dernières années.

Cheryl Suzack (University of Alberta)
“Publish or Perish?”: The Appropriation of Native Voice Debate, Aboriginal Literature, and the Politics of Publishing in Canada

Lorsque Lee Maracle, durant la Troisième Foire internationale du livre féministe (Third International Feminist Book Fair) en 1988, a demandé à des auteurs comme Anne Cameron de faire une place aux auteurs autochtones afin qu’ils aient accès au monde de l’édition et qu’ils puissent avoir droit au chapitre dans le processus de décision de l’appareil éditorial, elle a provoqué un débat dans le cercle des critiques littéraires concernant les pratiques de publication au Canada. La question de la «réappropriation de la voix» a surtout pris la forme d’une dispute autour du «qui peut parler pour qui» et a soulevé la question de la soi-disant neutralité de l’acte d’écrire et de publier. Pour les écrivains autochtones, la controverse a aussi renforcé l’idée que l’écriture, l’édition et la critique littéraire n’étaient pas dénuées de préjugés, mais qu’elles étaient indicatives plutôt du discours social d’une portée plus grande dans laquelle les valeurs politiques, sociales et culturelles de la société dominante se reflétaient. Cette communication reprend le débat sur la «réappropriation de la voix» de la fin des années 1980 et du début des années 1990 afin d’examiner la question de la relation entre la littérature autochtone et les politiques de l’édition au Canada.

Simone Vannucci (Université de Sherbrooke)
La lecture et la Société de Jésus: les rubriques «Livres» dans la presse jésuite au cours des années 1930 à 1960

Au cours des années trente à soixante, au Québec, la Compagnie de Jésus accorde au livre et à la lecture une l’influence importante traduite par la publication de plusieurs ouvrages et articles critiques et par de très nombreuses recensions qui, via les revues lui appartenant, donnent au lecteur une crainte qui le fera s’approcher de l’œuvre littéraire sur la pointe des pieds.

Le parcours des rubriques «Livres» des principales revues jésuites du Canada francophone, Le Messager canadien, Relations, Collège et famille ainsi que de la rubrique «Le courrier du lecteur» de Ma paroisse, permettent de mesurer les paramètres définissant la sphère d’influence de la Société de Jésus en ce qui a trait à la lecture. À travers des articles pertinents, les recensions et ce que finalement elle conseillait de lire ou de ne pas lire, nous déterminons les genres littéraires et les maisons d’éditions que la communauté privilégiait afin de reconstruire sa conception de la littérature.

Josée Vincent (Université de Sherbrooke)
Grandeurs et misères de la Société des écrivains canadiens

En 1936, après plusieurs années de tumulte et d’hésitation, les membres du conseil de la section française de la Canadian Authors’ Association votent la dissolution de leur organisme et fondent un nouveau regroupement francophone indépendant, la Société des écrivains canadiens. Grâce à une subvention annuelle versée par le Secrétariat de la Province de Québec, la Société se dote d’un secrétariat permanent et entreprend plusieurs activités de promotion. Reconnue pour la publication de son Bulletin bibliographique, pour la mise en place d’un Office de linguistique, mais aussi pour l’organisation de concours, de réceptions et d’expositions de livres, tel que le souligne René Le Clère dans La Grande et la petite histoire de la Société des Écrivains canadiens, la Société joue également un rôle important auprès des pouvoirs publics dans la défense des droits d’auteurs. Les liens qu’elle entretient avec la Canadian Authors’ Association, la Société des gens de lettres de Paris et l’Association internationale des écrivains de langue française – pour ne nommer que les organismes les plus connus – assurent la représentation des écrivains canadiens-français au-delà des frontières de la Province.

Mais l’histoire de la Société des écrivains canadiens présente aussi sa face cachée. Accusée d’élitisme, de conservatisme, voire de nationalisme puis de fédéralisme, la Société posent des gestes qui ne font pas toujours l’unanimité parmi les membres. En fait, bien qu’elle se définisse comme un appareil au service des écrivains, elle demeure inévitablement un mécanisme de régulation de la vie littéraire, comme tout autre appareil du champ littéraire.

Dans cette communication, nous souhaitons retracer les diverses actions posées par la Société des écrivains canadiens, de sa fondation aux années 1960, en insistant sur la portée de ses réalisations, tant négatives que bénéfiques. Notre étude repose sur le dépouillement systématique des archives de la Société (Fonds de la Société des écrivains canadiens, MSS-061, Bibliothèque nationale du Québec) ainsi que sur les nombreux articles de périodiques qui ont paru, depuis les années 1930, à son sujet. Nous souhaitons ainsi mettre en lumière le rôle majeur qu’a pu jouer cette première association professionnelle d’écrivains dans la promotion de la littérature canadienne-française et la reconnaissance du statut d’écrivain au Québec.

Nancy F. Vogan (Mount Allison University)
“About Canadian Music…”: The Encyclopedia of Music in Canada Project

L’Encyclopédie de la musique au Canada est reconnue comme un apport monumental à la connaissance de la musique d’un pays, un guide indispensable de tous les genres de musique : populaire, folklorique, religieuse, de concert et autres. Pour reprendre les mots de ses éditeurs, cet ouvrage parle de la musique au Canada et des relations musicales du Canada avec le reste du monde; ce n’est pas une version à la canadienne d’un ouvrage de référence général sur la musique. La première édition a été lancée en anglais à l’automne 1981, aux Presses de l’Université de Toronto et l’édition française lui a succédé en 1992, aux Éditions Fides. Une deuxième édition révisée a été publiée en anglais en 1992 et en français en 1993. Cet article retracera l’histoire et l’impact de ce projet de grande envergure et discutera également du projet actuel de publier une version électronique, l’EMC-e.

Dorothy W. Williams (McGill University)
The Free Lance 1934-1941: Montreal’s First Race Newspaper

Avant les années 1960, la communauté noire de Montréal était desservie par un journal. En 1934, M. Trott, M. Packwood et M. Hercules ont réunis leurs efforts pour lancer The Free Lance, un mensuel de nouvelles locales susceptibles d’intéresser les Noirs anglophones de la ville. Ce journal publiait des informations sur les activités sociales, les conférences publiques, les diverses reconnaissances honorifiques et prix accordés aux personnalités locales de race noire, les calendriers d’activités et les entrevues avec tous ceux qui faisaient la pluie et le beau temps dans la localité, y compris les hommes politiques des niveaux provincial et fédéral. Néanmoins, les éditeurs du Free Lance étaient très politisés, partisans de Marcus M. Garvey et panafricains dans leur prise de position. The Free Lance était un journal racial qui rapportait souvent des histoires de lynchage et autres agressions contre les Noirs, de crimes perpétrés par des Noirs, de vedettes noires dans le domaine des sports et des loisirs, de luttes juridiques contre la discrimination et de récits concernant les luttes des Noirs dans le monde. Ce journal avait un objectif: «guider, conseiller, éduquer, aider les personnes [noires] en difficulté et, grâce à ses articles, offrir des solutions aux divers problèmes et des moyens de corriger les injustices». Ce type de publications destinées aux lecteurs noirs avait pris naissance aux États-Unis entre la Révolution (1775) et le début de la guerre civile (1861). Le premier journal de ce genre est apparu au Canada au XIXe siècle dans la communauté des anciens esclaves du sud-ouest de l’Ontario, qui devint le centre de publication des journaux noirs. Malgré l’importance de sa population noire, la Nouvelle-Écosse n’avait pas cette sorte de journal avant la parution de The Clarion après la Deuxième Guerre mondiale. Les Noirs au Québec furent mieux servis avec le lancement du Free Lance dans les années 1930 au cœur du quartier noir de Montréal.