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Histoire de l’imprimé au XXe siécle: le livre


Nous aborderons dans l’ordre suivant un bilan des travaux sur le livre au XXe siécle: l’imprimerie, le statut de l’écrivain, le monde de l’édition, le commerce du livre et la question de la lecture. La censure n’est pas retenue ici parce qu elle fera l’objet d’un exposé de Pierre Hébert (voir Doc. et Bibliothèques, vol. 41, no 1, 1995) dans le cadre du Congrès de la SBC.

1. Imprimerie et évolution matérielle du livre

L’imprimerie a été étudiée en rapport avec d’autres secteurs, comme la presse (De Bonville, 525), l’édition littéraire (Landry, 1995), le mouvement syndical (Desrochers, 50-51, Otis-Dionne, *49), mais elle a été rarement abordée en elle-même, et encore ce sont surtout les conditions de travail dans l’industrie qui ont retenu l’attention (Devost, 53). Nous savons peu de choses sur le fonctionnement des ateliers, sur leur évolution, sur les différents corps de métier et les départements rattachés à cette industrie (reliure, composition, clicherie). Nous devons nous rabattre, à cet égard, sur les mémoires et souvenirs des gens du métier (Goulet, Gladu, Giguère, 94). Aucune étude non plus sur la typographie canadienne, les changements technologiques et leur influence sur l’évolution matérielle du livre. Si la reliure d’art a attiré l’attention des chercheurs (Billard-Normand, 481), la reliure industrielle demeure un domaine inexploré. De la même manière, la fabrication artisanale du papier a intéressé les chercheurs (Simard, 459; voir la revue Reliures et papiers), mais pas celle du papier destiné à la fabrication du livre commercial. Par ailleurs, certains travaux donnent une bonne vue d’ensemble sur cette évolution matérielle en ce qui concerne le livre illustré (Bernier, 181) et le livre d’artiste (Hould, 116). l’histoire sociale et économique de l’industrie des pâtes et papiers est bien documentée (Charland, 1990; Piédalue,*50; Dion,*55). Des études économiques sur le prix du papier, sur les coûts de fabrication et sur le prix de vente seraient bien utiles pour connaître les possibilités et les contraintes matérielles liées à la dissémination du livre et de la lecture.

2. Conditions d’exercice du métier d’auteur

Au tournant du siècle, l’industrialisation de la production imprimée incite les auteurs à se regrouper. De ces associations l’École littéraire de Montréal est la plus étudiée; il faudrait des travaux sur les activités des autres sociétés importantes de l’époque (Association des journalistes canadiens-français, Société du parler français, Ligue des droits du français). La question du droit d’auteur a retenu l’attention de quelques chercheurs (Parker, 301; Lamonde, 1993; Robert, 1989), et notamment en rapport avec les contrefaçons du roman français (Michon, 1991). À notre connaissance, aucune étude n’a encore été consacrée au statut socio-économique de l’écrivain au XXe siècle. Un dépouillement des fonds d’archives et des correspondances s impose à cet égard. Malheureusement, les travaux d’édition critique accordent peu d’importance à ces dimensions sociales et matérielles de la profession.

Dans les années vingt et trente, la nouvelle loi sur le droit d’auteur, la création de nouvelles associations (Association canadienne des auteurs, Société des poètes canadiens-français, Société des écrivains canadiens) ou de prix nationaux (Prix d’action intellectuelle et Prix David) et l’aide accordée aux écrivains par le Secrétaire de la Province constituent autant de facteurs qui favorisent la reconnaissance du travail intellectuel dans l’entre-deux-guerres. La question des prix littéraires a été bien étudiée (Bernier, MA, Sherbrooke, 1991; Gaudreau, 321), mais il n’y a pas encore d’histoire des associations d’auteurs ou d’étude sur les rapports des écrivains avec les pouvoirs publics, ni d’analyse globale sur les conditions d’exercice du métier. l’Institution du littéraire au Québec de Lucie Robert (1989) offre à cet égard un utile panorama. À cela, il faudrait ajouter des études sur les trajectoires sociales des écrivains. Plusieurs études sur les revues s intéressent aussi aux stratégies collectives des écrivains (AQÉI, section 5.5). Des travaux sur les différents métiers des gens de lettres (écrivains, journalistes, enseignants) seraient aussi bien utiles. l’émergence d’une production pour la jeunesse constitue un aspect de la profession qui a été abordé par quelques chercheurs (Poulin, 1991; Madore, 1995).

La Deuxième Guerre mondiale offre aux écrivains québécois de nouveaux débouchés et une audience internationale dont ils profitent (Michon, 165,221,224). Les oeuvres canadiennes sont diffusées à l’étranger et les plus importantes traduites aux États-Unis, sans parler des auteurs américains traduits au Québec. Une histoire de la traduction littéraire pourrait être tentée à partir des travaux de Kathy Mezei, Philip Stratford, Jean Delisle et Sherry Simon (voir la revue TTR). La crise de l’édition qui suit la guerre affecte la création littéraire et fait perdre les acquis. Les auteurs, privés d’un milieu favorable, arrivent difficilement à se faire connaître; certains prennent même le chemin de l’exil et font carrière en France, d’autres s orientent vers une production plus alimentaire, comme Yves Thériault (Lafrance, IQRC, 1984), Roger Lemelin et Germaine Guèvremont, qui profitent du nouveau débouché que représente la télévision. Une étude sur la trajectoire éditoriale des écrivains serait fort instructive à ce chapitre. Durant les années 1950, seuls les écrivains pour la jeunesse semblent obtenir un certain succès (Michon, 221); ils créent leur propre association et de nouveaux prix viennent couronner leurs travaux (Lemieux, 120; Madore, 1996).

Au moment de la Révolution tranquille, les auteurs se mobilisent dans de nouvelles structures (Rencontre des écrivains, UNEQ, Communication jeunesse) et prennent le leadership des débats publics. Des prix littéraires, des programmes de subventions, des structures de rémunération sont mis en place pour encourager la création. Ces questions sont discutées par la critique institutionnelle qui y voit imposition de normes et conflits d’intérêt (Giroux, 1990; Yergeau, 1994). Pendant ce temps, des mesures sont prises pour combattre les effets négatifs de la photocopie. Des sociétés de perception de droits sont mises en place (Paiement de compensation aux auteurs pour reprographie dans les maisons d’enseignement; Commission du droit de prêt public). Ainsi les sources de rémunération des auteurs se multiplient et se diversifient, alors que le droit d’auteur lui-même est menacé et remis en question par les nouvelles technologies (Winder dans ÉP). Sur cette période, plusieurs rapports, données statistiques et socio-économiques sont disponibles. Mais une synthèse manque encore. Nous disposons, par ailleurs, de travaux pour une étude qualitative des métiers de l’intellectuel et de l’écrivain (Fournier et Lamonde dans AMC).

3. Édition

De 1890 à 1910, on passe d’une édition contrôlée par les imprimeurs (souvent propriétaires de journaux) à une édition contrôlée par les libraires. Le commerce du livre connaît un développement important. Plusieurs nouvelles sociétés, créées à la fin du XIXe siècle, prennent leur essor au début du XXe. Si le nombre des entreprises demeure alors relativement stable, on constate une croissance de la taille des sociétés et une tendance à la concentration qui découle de fusions commerciales; voir Beauchemin qui acquiert Cadieux & Derome (Landry, *675). Les grandes librairies deviennent des sociétés par actions; c’est le cas de Beauchemin en 1902, Wilson & Lafleur en 1909, Granger Frères en 1910 et Garneau en 1920.

Les années vingt sont surtout caractérisées par l’apparition de l’éditeur professionnel, c est-à-dire de cet homme d’affaires qui fait de l’édition un métier à part entière. Édouard Garand (Landry dans ELP) , Albert Lévesque (Hébert, 1992; Michon dans ÉQA), Louis Carrier (Éd. du Mercure), Albert Pelletier (Éd. du Totem dans ÉQA) et Eugène Achard (LGC et Éd. du Zodiaque dans Poulin, 1994) inaugurent cette nouvelle carrière au Canada français en lançant de nouveaux auteurs et en créant des collections dans des domaines qui intéressent le grand public. Parallèlement à cet essor, les libraires-éditeurs et les communautés religieuses continuent à produire des manuels scolaires (Paul Aubin, 1993), des livres de prix (Jean Gagnon, 284). Certains journaux, comme L’Action catholique et Le Devoir, qui conçoivent le livre comme un prolongement à leur action idéologique, sont aussi des éditeurs importants de l’époque (Hébert, 1994). D autres journaux, comme La Tribune de Sherbrooke (Faure, *1413) et Le Bien public de Trois-Rivières, suppléent à l’absence d’éditeurs dans les régions.

La croissance sans précédent du monde du livre durant la Deuxième Guerre mondiale est, quant à elle, bien documentée (Chalifoux, 206; GRÉLQ, 213; Michon,*695). La réédition des ouvrages français répond alors non seulement aux besoins locaux (enseignement et librairie générale) mais aussi à la demande internationale; elle suscite l’apparition de nouvelles maisons d’édition: L’Arbre (Michon,*695), Fides (Lafrance, 257), Lévrier (Cloutier dans ÉQA), Parizeau (Bernier dans ÉT), Simpson (Michon,*1748), Serge (Parent,*696), Valiquette et Variétés (Bernier, 242-243, ce qui encourage les écrivains dans leur effort de production. l’essor du commerce du livre durant la guerre profite aussi aux grandes librairies: Granger Frères (Garand dans ELP) et Beauchemin (Landry, 258).

On sait que l’industrie connaît une récession, à la fin des années quarante. Les maisons les plus anciennes résistent à la débâcle, mais les plus jeunes (sauf Fides) disparaissent. Sur ces ruines, de nouvelles entreprises naissent -- France-Livre (Houde-Beaudry, 511), Pilon (Beaudry dans ÉT), Cercle du livre de France (Michon, 1992), Institut littéraire de Québec, Erta et Hexagone (Giguère, 253-254; Volkoff,*1515) -- et survivent grâce à de nouvelles stratégies de vente (souscription et clubs du livre), qui permettent aux jeunes éditeurs de pallier les difficultés de la librairie (GRÉLQ, 213; Giguère, 510). l’école, qui est en pleine expansion représente par ailleurs un important débouché pour les éditeurs qui desservent ce marché (Granger, Beauchemin, Fides). À la même époque, on voit se développer de petites industries de littérature en fascicules (Nadeau, 226-227) et de romans populaires en livres de poche (St-Germain, 1992). Les souvenirs et les mémoires des auteurs, des éditeurs et des libraires de cette époque (Paul Michaud, Henri Tranquille, Pierre Tisseyre) sont aussi d’un précieux secours pour l’analyse de la décennie qui précède la Révolution tranquille.

On sait que la Révolution tranquille transforme le monde du livre au Québec. Les années 1960 jettent les bases d’une nouvelle organisation de l’industrie (Cau, 204). Les commissions d’enquête se multiplient et les ministères et la Bibliothèque nationale du Québec produisent des rapports et des statistiques qui deviennent autant de sources utiles pour une analyse des changements dans ce secteur. Les professionnels (auteurs, libraires, éditeurs, bibliothécaires) s organisent et se regroupent dans un Conseil supérieur du livre (Patenaude, 289) qui fait des représentations auprès des gouvernements, lance de nouvelles initiatives (rapport Bouchard, salons du livre, participation aux foires internationales), établit de nouvelles règles du jeu et dénonce les firmes étrangères qui mettent en péril la survie de l’industrie locale (Bellefeuille, 296); de nouveaux efforts pour la diffusion du livre à l’étranger sont déployés (Vincent, 1992).

La réorganisation de l’aide à l’édition (MAC, CDA) suscite la création de nouvelles maisons d’édition. Certaines d’entre elles ont déjà été étudiées: Éd. du Jour (Janelle, 256; Michon, 1992) et Leméac (Faure, 1992). De nombreuses réflexions ont été publiées sur les effets des interventions de l’État dans le domaine du livre (Audley, 1983; Robert, 516; Faure, 1992).

Il ne faut pas oublier non plus les monographies consacrées à des secteurs particuliers de la production: l’édition gouvernementale (Gallichan, 211; GOQ), l’édition religieuse (Brodeur, 106; Cloutier dans ÉP), l’édition musicale (Encyclopédie de la musique, 1983), l’édition universitaire, l’édition juridique (Normand,*320) et l’édition médicale(Connor,*703).

L’histoire des revues littéraires et commerciales constitue un autre chapitre important de l’histoire du livre dans le mesure où la revue se situe au carrefour de la création, de l’édition et de la réception. Plusieurs travaux ont été consacrés aux revues littéraires (AQÉI, section 5.5). Les revues culturelles sont souvent reliées à la fondation de maisons d’édition. Elles assurent une réception aux oeuvres nouvelles. Plusieurs index de revues sont disponibles et facilitent les travaux des chercheurs à ce chapitre (voir, entre autres, Beaudry, 129; Bonenfant,*1653; Fortin, 1993; Lamonde, 1989; Thwaites,*1601). La recherche sur les revues commerciales est moins bien documentée; signalons les études sur Hérauts (Hébert, 156), Châtelaine (DesRivières, 1992) et La Revue moderne (Ricard dans Littératures, 7, 1991).

Enfin il ne faut pas oublier l’histoire des disciplines -- bibliophilie (Olivier, 414), bibliographie (Gallichan, 444), bibliologie (Van der Bellen, 447) -- à la source des études sur l’histoire matérielle du livre et de l’imprimé. Il’importe de signaler ici les travaux sur la brochure (Hamelin, 16), l’almanach et la carte postale (Poitras; Vézina, 198).

4. Librairie et commerce du livre

L’augmentation de la taille des catalogues de librairies au tournant du siècle (Lamonde, 1991) peut être un indicateur de la croissance du commerce du livre au tournant du siècle. Une analyse systématique du contenu de ces catalogues permettrait d’évaluer, entre autres, le poids de la production importée dans le commerce du livre et d’obtenir des information sur les publics visés. Les statistiques de la douane nous indiquent que, si la France est le principal fournisseur de la librairie francophone, elle ne vient qu au quatrième rang des pays exportateurs de livres au Canada, avec un maigre 6%. La guerre de 1914 fait encore baisser cet apport au profit des publications américaines qui gagnent du terrain (Michon-Vincent, 1996).

Si le libraire grossiste touche une clientèle nationale, plusieurs petites librairies offrent leur service à des clientèles régionales ou professionnelles. À Montréal, on voit apparaître des librairies spécialisées pour le clergé, pour les juristes (Normand, *320) , pour les étudiants en médecine (Déom, 1896) et pour les amateurs de livres canadiens (Granger Frères, Ducharme). La communauté littéraire a ses commerces attitrés. Les boutiques de Cornélius Déom, de Jules Pony, de Georges Dumont et de Victor Grenier constituent les lieux de rendez-vous des intellectuels, des professeurs et des étudiants du quartier latin. Parce qu’ils font partie de la communauté intellectuelle, ces libraires sont aussi les éditeurs de la nouvelle littérature canadienne. l’essor des boutiques spécialisées crée de nouveaux pôles d’attraction dans la cité. Alors qu’à Montréal, au XIXe siècle, le commerce du livre est concentré dans le quartier des affaires, à partir des années 1890, il s’étend aussi vers l’ouest et le nord, où il dépasse même les frontières du quartier latin.Une étude de la géographie du commerce du livre au Québec au XXe siècle reste à faire. On sait toutefois que, durant cette période, Québec perd du terrain face à Montréal (Jean-Marie Lebel, 1996). De 1900 à 1919, plus de 55% des nouveautés publiées au Canada français proviennent de maisons montréalaises (compilation du GRÉLQ); de 1912 à 1916, 93% des livres transitent par Montréal, alors que le port de Québec n’en reçoit plus que 5,7% (Michon-Vincent, 1996).

Dans l’entre-deux-guerres, la librairie perd le leadership éditorial, perte due en partie à la crise économique (Landry, 1995). La librairie est aussi relativement vulnérable à la concurrence des sociétés non commerciales, bibliothèques, collèges, couvents et commissions scolaires, qui commandent directement leurs livres en Europe (Jean-Louis Roy, 308). Ces deux facteurs mettent un frein à la croissance de la librairie. Il faudrait toutefois pouvoir mesurer cette évolution avec plus de précision en procédant au dépouillement systématique des archives de libraires et en faisant des études de cas sur les commerces les plus importants de l’entre-deux-guerre (ex. Déom, Pony et Granger Frères). Aucune étude d’ensemble n’est encore disponible sur l’évolution de la librairie et du commerce du livre au Québec au XXe siècle. Ce travail pourrait être complété par une étude des événements publics consacrés à la promotion du livre canadien: la Semaine du livre canadien (voir Lassonde, 374) et les expositions commerciales. Une histoire de la diffusion du livre canadien à l’étranger semble débuter avec les premières participations du Canada aux expositions internationales (Simard, 290).

Une nouvelle organisation de la librairie et de la distribution (voir le Rapport Bouchard, 1964, et les mesures législatives adoptées par la suite), a un effet positif sur tous les maillons de la chaîne de la communication écrite (Lemire, 287). Les travaux sur la consommation littéraire sont venus confirmer l’importance des best-sellers sur ce marché (Saint-Jacques, 1994).

5. Lecture, lecteurs et société

En ce qui concerne les institutions de la lecture publique à Montréal, les chercheurs peuvent s appuyer sur quelques travaux, dont le plus complet est sans contredit le travail consacré à la Bibliothèque Saint-Sulpice (Lassonde, 374). À part l’étude de Gilles Gallichan (1995) sur la bibliothèque de Limoilou, il n’y a pas de monographies consacrées aux bibliothèques paroissiales sur lesquels Marcel Lajeunesse a déjà fourni, par ailleurs, d’utiles aperçus (Lajeunesse, 365, 367). l’étude de Drolet (Les Bibliothèques canadiennes, 1604-1960, 1965), incomplète et dépassée à plusieurs égards, sert toujours de référence. Sur ces questions, le colloque sur «Les Bibliothèques du Québec, d’hier à aujourd’hui¼ (AQÉI-ASTED, Trois-Rivières, 29 oct. 1997) devrait nous apporter de nouvelles données.

Les années trente marquent un tournant avec la création de l’École de bibliothécaires (Durand,*928). Les années quarante sont caractérisées par l’arrivée de plusieurs associations regroupant les professionnels du livre et de la lecture (éditeurs, bibliothécaires, écrivains pour la jeunesse). À cet égard, la revue Mes fiches et les Éditions Fides jouent un rôle de premier plan en faisant la promotion du «bon» livre, en publiant le bulletin de l’Association canadienne des bibliothécaires de langue française («Bibliotheca», inséré dans la revue Lectures à partir de 1947) et en logeant le secrétariat de l’École de bibliothécaires (jusqu en 1958).

La Commission Massey-Lévesque (1949) amènera l’implantation d’institutions nationales consacrées à la vise en valeur du patrimoine imprimé: BNC et Conseil des arts. Si nous manquons d’études d’ensemble, les rapports, les mémoires sur le livre et la lecture provenant des milieux professionnels et des gouvernements, et les souvenirs des acteurs de l’époque (Lapalme, Lévesque) représentent autant de sources pour établir le bilan d’une période féconde et annonciatrice des réformes de la décennie suivante.

Les études sur le développement des bibliothèques et de la lecture publique après 1960 mettent surtout l’accent sur les données statistiques et les interventions des pouvoirs publics (Gagnon, 346; 551). Il nous faudrait encore des travaux sur le rôle de la bibliothèque (municipale et régionale) comme foyer de diffusion du savoir et de la culture, et comme lieu de formation des lecteurs. L’enquête actuellement en cours de Jean-Paul Baillargeon et de Fernand Harvey (Bulletin de l’AQÉI, no 18, 1997) apportera sans doute de nouvelles données sur le sujet.

Quelques enquêtes sur la consommation et les habitudes des lecteurs (Bergeron, 422) donnent desaperçus sur la lecture de loisir (Provost, 432; St-Jacques, 1994), la lecture enfantine (Tétrault, 435), la lecture féminine (Bettinotti, 1995) et la lecture scolaire (Goupil, 581, Ouellet, 567). La lecture lettrée est abordée, entre autres, dans les études sur les bibliothèques d’écrivains (Giguère, 400; Lacroix dans Études françaises, 20. 3 1984).

Les travaux sur la critique littéraire (Allard, 1991; Voix et images, no 50; voir CLQ), sur le paratexte (titres, préfaces, prières d’insérer, avertissements, dédicaces; voir PMF) et la génétique textuelle («Bibliothèque du Nouveau Monde») s arrêtent aux éléments qui orientent la lecture. Ils sont indispensables pour une histoire de la manipulation idéologique des textes (Stanley Fish). «Savoir ce qu est un livre, c est d’abord savoir comment il a été lu», écrit Robert Escarpit. l’histoire de la présentation matérielle de l’ouvrage imprimé (évolution de la page de couverture, de la page de titre, des formats, etc) participe à ce processus de transmission et de manipulation. Ici l’information est inscrite dans la matérialité même de l’objet (McLuhan) et nous renseigne indirectement sur le lecteur qui se l’approprie (Chartier).

Après 1975

Il faudrait prolonger l’histoire du livre jusqu à la fin du siècle. Les années 1980 représentent un tournant important dans l’industrie et le commerce du livre. Alors que les années soixante et les années soixante-dix sont marquées par les interventions des pouvoirs publics dans tous les domaines de la culture, les années quatre-vingt les remettent en cause. Le développement culturel est de plus en plus dominé par une logique industrielle qui évolue vers un désengagement progressif de l’État (Applebaum-Hébert, 1982). La crise économique et budgétaire des années 1990 accélère cette évolution. Les nouvelles technologies qui transforment les modes de production et les pratiques sont mises au service des nouvelles stratégies budgétaires. Ce sont les livres les moins rentables qui sont menacés. L’édition électronique et le multimédia sont présentés comme solutions de rechange. Ce virage économique et technologique affecte le monde du livre à tous les niveaux (création, édition, distribution et réception), mais n’entame pas le dynamisme de l'édition qui touche aussi les régions (Harvey, 1995) et qui voit la part du livre québécois augmenter dans la librairie. Il est important de rendre compte de tous ces phénomènes qui caractérisent la fin du XXe siècle.

Périodisation

À la lumière de ce survol, il semble possible d’établir une périodisation en cinq temps, fondée sur certains traits dominants du commerce et de l'industrie du livre: 1880-1919 (essor de la librairie), 1920-1939 (apparition de l’éditeur professionnel), 1940-1959 (croissance, crise et réorganisation du monde de l’édition et de la librairie), 1960-1975 (réforme du système de la communication écrite avec l’aide de l’État), 1975 à nos jours (virage commercial des entreprises culturelles et choc des nouvelles technologies).

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Jacques Michon